Un testament peut attribuer de l’argent, un bien ou une fraction de la succession à une association. Deux vérifications sont indispensables avant de rédiger la clause : l’organisme a-t-il la capacité juridique de recevoir un legs et bénéficie-t-il d’une exonération de droits de mutation ? Ces deux conditions ne se confondent pas. Une association peut être autorisée à recevoir le bien tout en devant payer des droits. La réserve des enfants ou du conjoint, la forme du testament et les charges imposées au bénéficiaire doivent aussi être contrôlées.

Qu’est-ce qu’un legs à une association ?

Le legs est une disposition testamentaire qui prend effet au décès. Il se distingue de la donation, réalisée du vivant du donateur. Le propriétaire conserve donc ses biens et peut modifier ses volontés tant qu’il est juridiquement capable de le faire.

Le legs particulier

Le legs particulier porte sur un bien déterminé : une somme d’argent, un appartement, un portefeuille de titres ou une œuvre d’art. La désignation doit identifier le bien sans ambiguïté. Si le testateur vend ce bien avant son décès, le legs peut devenir sans objet.

Le légataire particulier ne supporte normalement pas le passif général de la succession. Une dette garantie par le bien, une charge inscrite dans le testament ou une insuffisance d’actif peut toutefois modifier le résultat. Le montant réellement transmis ne doit donc pas être annoncé sans examen de la succession.

Le legs universel et le legs à titre universel

Le legs universel donne vocation à recevoir l’ensemble de la succession, sous réserve des droits des héritiers réservataires, des dettes et des autres legs. Le legs à titre universel vise une quote-part, telle que la moitié de la succession, ou une catégorie de biens définie par le Code civil.

Une association instituée légataire universelle peut devoir régler le passif et délivrer les legs particuliers. Cette mission demande des liquidités, des documents complets et une rédaction qui fixe clairement les charges.

Quelles associations peuvent recevoir un legs ?

Le statut d’association déclarée ne donne pas toujours la capacité de recevoir une libéralité testamentaire. Il faut vérifier la catégorie juridique de l’organisme, ses statuts et la nature de ses activités avant de le désigner.

Les principales structures habilitées

Les associations et fondations reconnues d’utilité publique peuvent recevoir des donations et des legs. Cette capacité appartient aussi à plusieurs catégories prévues par des textes particuliers, notamment certaines associations cultuelles, des congrégations et des fonds de dotation.

Une association simplement déclarée depuis au moins trois ans peut également accepter des libéralités si l’ensemble de ses activités relève du b du 1 de l’article 200 du Code général des impôts. Ce texte vise notamment les activités philanthropiques, éducatives, scientifiques, sociales, humanitaires, sportives, familiales, culturelles ou environnementales, sous les conditions propres à l’intérêt général.

Capacité juridique et exonération fiscale sont deux questions différentes

La capacité répond à la question suivante : l’association peut-elle juridiquement accepter le legs ? L’exonération détermine ensuite les droits dus sur les biens transmis. La reconnaissance d’utilité publique ne suffit pas, à elle seule, à garantir une exonération totale pour tous les legs.

Avant de signer le testament, demandez au service chargé des libéralités une copie des statuts, le nom juridique complet, l’adresse du siège et, si possible, une confirmation écrite de la capacité à recevoir et du régime fiscal invoqué. Un rescrit fiscal ou administratif peut sécuriser certaines situations, mais son utilité dépend du dossier.

Quelle fiscalité s’applique au legs en 2026 ?

L’article 795 du Code général des impôts exonère plusieurs catégories de dons et legs. Son application dépend du statut du bénéficiaire, de son activité et parfois de l’affectation donnée au bien. Toutes les associations d’intérêt général ou reconnues d’utilité publique ne reçoivent donc pas systématiquement les legs sans droits.

Les organismes qui peuvent recevoir le legs sans droits

L’exonération couvre notamment les établissements publics ou d’utilité publique qui répondent aux conditions prévues par l’article 200 du Code général des impôts. Elle vise aussi les organismes reconnus d’utilité publique dont les ressources sont affectées à l’assistance, à la bienfaisance, à la défense de l’environnement naturel ou à la protection des animaux.

Les associations simplement déclarées qui poursuivent un but exclusif d’assistance et de bienfaisance peuvent également être exonérées. D’autres catégories bénéficient de textes propres, notamment les associations cultuelles, certaines structures d’enseignement et les fonds de dotation répondant aux conditions légales.

Le mot « exclusivement » compte pour une association simplement déclarée qui invoque un but d’assistance et de bienfaisance. Pour un organisme relevant d’une autre catégorie, l’activité lucrative, la gestion intéressée ou le fonctionnement au profit d’un cercle restreint peuvent aussi faire obstacle au régime fiscal recherché. L’analyse doit porter sur le texte précis dont l’organisme se prévaut.

Les taux lorsque l’exonération ne s’applique pas

Sous réserve des exonérations prévues par la loi, les dons et legs aux établissements publics ou d’utilité publique sont taxés comme les successions entre frères et sœurs : 35 % jusqu’à 24 430 €, puis 45 % sur la fraction supérieure. Les autres associations sont en principe soumises au taux de 60 %. L’abattement général de 1 594 € s’applique lorsqu’aucun autre abattement n’est disponible.

Bénéficiaire Régime indicatif Montant net sur un legs de 100 000 €
Organisme remplissant les conditions de l’article 795 Exonération 100 000 €
Établissement d’utilité publique non exonéré 35 % jusqu’à 24 430 €, puis 45 % Environ 57 443 €
Autre association non exonérée 60 % après l’abattement de 1 594 € Environ 40 956 €
Personne sans lien de parenté 60 % après l’abattement de 1 594 € Environ 40 956 €

Ces calculs illustrent uniquement les droits de mutation. Ils ne déduisent pas les dettes de la succession, les frais liés aux biens, les honoraires ni les autres legs. Le notaire doit confirmer le régime applicable à l’organisme désigné.

Quelle part peut-on léguer en présence d’héritiers ?

Le testament doit respecter la réserve héréditaire lorsque la loi française régit la succession. Les enfants sont héritiers réservataires. En l’absence de descendant, le conjoint survivant non divorcé dispose d’une réserve égale au quart de la succession.

La quotité disponible selon la situation familiale

La quotité disponible est la part que le testateur peut attribuer librement à une association ou à une autre personne. Son montant dépend du nombre d’enfants et, lorsqu’il n’y en a aucun, de l’existence d’un conjoint.

Situation Réserve héréditaire Quotité disponible
Un enfant 1/2 de la succession 1/2 de la succession
Deux enfants 2/3 de la succession 1/3 de la succession
Trois enfants ou plus 3/4 de la succession 1/4 de la succession
Aucun enfant, mais un conjoint non divorcé 1/4 de la succession 3/4 de la succession
Aucun enfant et aucun conjoint Aucune réserve Totalité de la succession

Les conséquences d’un legs excessif

Un legs qui dépasse la quotité disponible n’est pas automatiquement annulé. Après le décès, un héritier réservataire peut demander sa réduction pour reconstituer sa réserve. La valeur des donations antérieures doit aussi entrer dans le calcul.

L’assurance-vie ne doit pas être traitée comme une solution systématiquement « hors succession ». Le capital versé au bénéficiaire suit un régime particulier, mais des primes manifestement exagérées peuvent être contestées. Une stratégie mêlant testament, donations et assurance-vie demande donc une analyse globale.

Les successions internationales suivent des règles supplémentaires sur la loi applicable et la résidence habituelle du défunt. La présence d’un bien ou d’un héritier à l’étranger justifie une consultation notariale avant la rédaction.

Comment rédiger le testament ?

Le legs n’existe que s’il figure dans un testament valable. Le Code civil admet le testament olographe, le testament authentique et le testament mystique, avec des formalités différentes.

Choisir la forme du testament

Le testament olographe doit être entièrement écrit, daté et signé de la main du testateur. Un document tapé à l’ordinateur puis signé ne respecte pas cette forme. Son dépôt chez un notaire n’est pas obligatoire, mais il réduit le risque de perte ou de destruction.

Le testament authentique est reçu par deux notaires ou par un notaire assisté de deux témoins. Le testament mystique est remis clos et scellé à un notaire selon une procédure spécifique. Il ne se résume pas à un acte sous seing privé signé devant des témoins.

Identifier précisément l’association et le bien

La clause doit reprendre la dénomination exacte de l’association, son siège et les éléments qui écartent tout doute sur son identité. Le numéro RNA ou SIREN peut être ajouté. Une erreur mineure n’annule pas nécessairement le legs si le bénéficiaire reste identifiable, mais une dénomination imprécise peut déclencher un contentieux.

Indiquez le type de legs, le bien ou la fraction attribuée et les éventuelles charges. Faites aussi enregistrer l’existence du testament au Fichier central des dispositions de dernières volontés par l’intermédiaire du notaire. Le fichier ne contient pas le texte du testament, mais il signale son existence et le lieu où il est conservé.

Une procuration chez le notaire peut servir pour certains actes, mais elle ne remplace pas les formalités personnelles exigées pour établir un testament authentique.

Peut-on modifier ou révoquer le legs ?

Le testateur peut changer ses dispositions tant qu’il conserve la capacité juridique nécessaire. Une révocation peut figurer dans un testament postérieur ou dans un acte notarié qui constate le changement de volonté.

Un nouveau testament n’efface pas toujours tout l’ancien

Le nouveau testament peut révoquer expressément les dispositions précédentes. Sans clause expresse, il annule seulement les clauses anciennes incompatibles ou contraires aux nouvelles. Plusieurs testaments peuvent donc produire leurs effets ensemble.

Pour écarter les contradictions, le dernier testament doit préciser le sort des actes antérieurs. Le notaire peut relire l’ensemble et vérifier que la nouvelle rédaction correspond bien à la volonté du testateur.

La vente du bien légué

La vente ou l’échange du bien faisant l’objet d’un legs particulier révoque ce legs pour la partie aliénée. Si le testateur souhaite attribuer à l’association le prix de vente ou un autre bien, il doit adapter son testament.

Un changement de nom, de siège, une fusion ou une dissolution de l’association peut aussi compliquer l’exécution. Une vérification périodique évite de conserver pendant des années une clause devenue impraticable.

Que se passe-t-il après le décès ?

Le notaire recherche les dispositions de dernières volontés, informe l’association et vérifie la composition de la succession. L’organisme décide ensuite d’accepter ou de refuser le legs selon ses statuts et les pouvoirs de son organe compétent.

La déclaration à l’autorité administrative

Le notaire chargé de la succession déclare le legs à l’autorité administrative lorsqu’il relève de la procédure prévue par l’article 910 du Code civil. Le dossier comprend notamment les dispositions testamentaires concernant l’organisme et l’acte de décès.

Pour les associations soumises au pouvoir d’opposition, le préfet peut s’opposer au legs si l’organisme ne remplit pas les conditions légales de capacité ou ne peut pas employer les biens conformément à son objet statutaire. Cette opposition prive la libéralité d’effet. Les associations et fondations reconnues d’utilité publique ne relèvent pas de ce pouvoir d’opposition dans les mêmes conditions.

L’acceptation et le règlement de la succession

L’association examine la valeur des biens, les dettes, les charges, les frais d’entretien et les difficultés de vente. Elle peut refuser un immeuble coûteux, pollué ou assorti d’une obligation incompatible avec ses statuts.

Le notaire ne « valide » pas le testament au sens d’une garantie absolue contre toute contestation. Il contrôle les formalités, liquide la succession et exécute les dispositions qui peuvent l’être. Un héritier ou un autre intéressé peut encore contester la validité ou demander la réduction d’un legs excessif.

Comment fonctionne le legs universel avec charge ?

Le testateur peut instituer une association exonérée légataire universelle et lui imposer de délivrer une somme nette à un proche. Cette opération, souvent appelée « legs en duo », ne supprime pas les droits dus sur la part du proche. L’association les acquitte avec les fonds de la succession avant de conserver le solde.

Un calcul qui doit intégrer les droits du proche

Prenons une succession nette de 300 000 € et un ami qui doit recevoir 120 000 € nets. Au taux de 60 %, après l’abattement de 1 594 €, les droits sur cette somme atteignent 71 043,60 €. L’association supporte donc une charge totale de 191 043,60 € et conserve 108 956,40 €.

Avec un actif de 80 000 €, il est impossible de verser 50 000 € nets à l’ami tout en laissant 30 000 € à l’association : les droits dus sur la part de l’ami s’ajoutent aux 50 000 €. Chaque simulation doit intégrer les droits, les frais et le passif.

Les limites de cette technique

Le legs en duo dépend de l’exonération de l’association, de son acceptation et de la rédaction de la charge. L’organisme refusera souvent une opération qui ne lui laisse aucun montant ou lui impose des risques disproportionnés.

La charge doit rester licite, réalisable et compatible avec l’objet de l’association. Une obligation d’entretenir un immeuble sans financement, de conserver indéfiniment un bien inutilisable ou d’agir hors des statuts peut conduire au refus du legs.

Quelles autres opérations faut-il distinguer du legs ?

Une donation, une clause d’acquisition immobilière ou une renonciation successorale ne produisent pas les mêmes effets qu’un testament. Les combiner sans calcul préalable peut modifier la propriété des biens ou la part reçue par les héritiers.

Le don réalisé par un héritier après le décès

Un héritier, donataire ou légataire peut remettre définitivement, en pleine propriété et dans les douze mois du décès, certains biens successoraux à un organisme éligible. L’article 788 du Code général des impôts prévoit alors un abattement correspondant à la valeur donnée sur sa part successorale.

Le dispositif ne se limite plus à un délai de six mois. Il vise une liste précise d’organismes, exige des justificatifs et ne se cumule pas avec la réduction d’impôt sur le revenu accordée au titre du même don. Si le don n’a pas encore été réalisé lors du dépôt de la déclaration, celle-ci peut identifier le bien concerné, sa valeur et l’intention de le donner. Les justificatifs devront ensuite prouver le respect du délai de douze mois.

La tontine et la renonciation à la succession

Une clause de tontine organise l’acquisition d’un bien par plusieurs personnes et produit des effets propres au décès de l’un des acquéreurs. Elle ne remplace pas un legs à une association et peut réduire les biens présents dans la succession.

Décider de renoncer à une succession ne transfère pas la part de l’héritier à l’association de son choix. La dévolution suit alors la loi ou le testament, avec une éventuelle représentation par les descendants. La renonciation doit être étudiée pour ses propres conséquences, sans la présenter comme un moyen d’assurer l’exécution du legs.

Les vérifications à effectuer avant de signer

La rédaction finale doit partir de documents à jour et d’un inventaire réaliste du patrimoine. Une clause courte peut suffire, mais elle doit désigner le bon organisme et respecter la réserve.

  • Confirmer la capacité juridique de l’association à recevoir un legs
  • Vérifier séparément son éligibilité à l’exonération de l’article 795
  • Reprendre sa dénomination exacte, son siège et ses identifiants
  • Calculer la quotité disponible et intégrer les donations antérieures
  • Choisir entre legs particulier, à titre universel et universel
  • Chiffrer les droits et les charges d’un éventuel legs en duo
  • Déposer le testament chez un notaire et signaler son existence au FCDDV
  • Relire le testament après une vente, une naissance, un mariage ou une séparation

La question fiscale vient après la capacité de l’association et la validité du testament. Avant de promettre qu’un organisme recevra « chaque euro » du legs, le notaire doit vérifier son statut, l’article 795 applicable, le passif successoral et les droits des héritiers réservataires.